|
Le sujet est
fort sensible ! La loi du travail vietnamienne est précise : pas
avant 15 ans*. Pourtant tout visiteur comprend vite que beaucoup d’enfants
travaillent très jeunes.
Précision : l’école est obligatoire, et
dans les régions assez reculées et pauvres où nous travaillons (moins de la
moitié du revenu national moyen), ce sont plus de 99% des enfants qui terminent
le cycle primaire.
70%
poursuivent à présent au-delà, et 30-50% vont jusqu’au bac. Mais les bâtiments
manquent, comme les enseignants : les enfants sont sur les bancs à
mi-temps, et se relaient. Qui a cours le matin, qui l’après-midi. Pour le reste
ils revoient leurs leçons, souvent, au secondaire, plusieurs heures par jour (regardez la vidéo ), et bien sûr ils aident leurs
parents. Que ce soit à la ferme, ou comme ouvriers chez d’autres. Ils sont
alors souvent payés selon le travail effectué, à la pièce, et gagnent moins que
des adultes.
Nous avons
reçu plusieurs fois des critiques de la part de visiteurs :
Un bailleur de fonds : (Il ne faut) « (...) pas permettre le travail des enfants. En effet 2 enfants entre 8 à 12 ans
travaillaient dans l'atelier de décortication des noix de cajou ».
Commentaire sur une
vidéo : « (…)je pense que la présence des
enfants est un peu trop appuyée pour les préjugés occidentaux. Il faudrait
peut-être raccourcir cette séquence, (…) préciser
que c’est un coup de mains donné aux parents après l’école… »
Notre
position ?
Nous avons
déjà abordé ce sujet en juin 2001 par un petit témoignage. Il est vain et
pas judicieux de vouloir interdire le travail des enfants par principe et
toujours. Si 2/3 des enfants n’arrivent pas au bac c’est le plus souvent parce
qu'on ne peut payer l’école ! Interdire tout travail aux enfants les
obligerait à quitter l’école plus tôt encore.
Par contre,
nous veillons à ce que leur travail ne nuise pas à leur santé et n’empêche pas
l’école. Si des parents retirent leurs enfants de l’école pour les faire
travailler, nous venons discuter avec eux, et dans certains cas nous arrêtons notre
collaboration: plus de microcrédit par exemple. Cela arrive quand le père est
alcoolique, qu’il refuse l’école pour avoir un revenu tout de suite, par
exemple.
Nous donnons des bourses scolaires à près de 2700 enfants, mais c'est une fraction des besoins évidemment. Plus de 4100 familles très pauvres participent aux programmes pour s'en sortir définitivement, et priorité est donnée aux ménages avec des enfants scolarisés.
C’est rarement simple.
Souvent, quand les parents ont fait très peu d’études, le contexte familial
incite peu les enfants à étudier. Ils demandent à arrêter pour aller aux champs
ou autres durs travaux, et les parents manquent d’arguments. Les autorités font
de très grands efforts pour inciter les enfants à poursuivre, plus que ce que
l’on peut imaginer ! Cela comprend des convocations à l’école, des visites
à domicile, voire carrément des conditions pour diverses aides de l’Etat.
Un commentaire venu de France: « On en est maintenant à l'excès
inverse et nos enfants sont dans un cocon, entourés de jouets, avec une seule
consigne : réussir un bac (…) » Idem au Vietnam ! Beaucoup de
parents se plaignent que leurs enfants ne travaillent pas assez pour l’école,
ils dépensent beaucoup sur les jeux électroniques, devenus fréquents même sur
les petits marchés, font les fous à mobylette, sans parler de la drogue dans
les régions plus urbanisées (mais pas seulement).
*Labour Code Article 6: “An employee
shall be a person of at least 15
years of age…” The law on the Protection, Care and
Education of Children, Article 7, prohibits: “Abusive child labour;
the use of children for heavy and dangerous jobs, jobs that expose children to
harmful chemical substances or other jobs which contravene the provisions of
existing labour laws.” |