Historique
Pendant 10 ans la microfinance a été notre programme central au Vietnam. L'accès au crédit bancaire était quasi impossible pour les petits paysans et les plus pauvres. Nous avons eu jusque 1000 groupes de femmes, qui se réunissaient chaque semaine, pour verser leur épargne et faire les remboursements hebdomadaires. Un puissant réseau pour les formations sur la santé, pour diffuser des informations etc.
Depuis le gouvernement a donné un titre de propriété à la grande majorité (formellement limité à l'usufruit, mais dans la pratique équivalant à une propriété cessible etc.), et encouragé les banques à accorder du crédit. La plupart des paysans ont vite emprunté, souvent au-delà de leur capacité de rembourser sans vendre une partie de leurs avoirs (pour en savoir plus). Le climat a ainsi changé et les ennuis (vols, non remboursements, manque de soutien de la part des autorités...) se sont multipliés.
Nous avons fait le point avec les groupes de femmes et avec les autorités: après des années de formation et d'accompagnement par Viêt Nam Plus, elles devaient choisir entre gérer le programme avec un soutien minimal de notre part, ou de le réduire progressivement et l'arrêter.
Quelques communes ont choisi de continuer, et avec un joli succès: au départ les femmes étaient 300 seulement, en fonction du capital modeste accordé par Viêt Nam Plus (5000 euros par commune). Grâce aux intérêts sur les prêts et à l'épargne, le capital a augmenté de 44% en moins de 3 ans et le nombre de membres a plus que doublé. |

Les réunions de groupes épargne-crédit
offrent des opportunités pour des
formations. Ici une femme mime une
femme enceinte... |
Comment ça marche
Objectif
accès au crédit pour des prêts individuels |
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L'objectif de l'épargne-crédit était
de proposer un complément ou une alternative satisfaisante
aux populations pour qui le crédit bancaire était
difficile ou inaccessible. Elles empruntaient alors auprès
des usuriers, à des taux de 60 à 500% par an. Il y
a 5 ans, c'était le lot de la majorité au Vietnam.
A présent sans doute moins de 20% sont dans ce cas. |
Etape 1
Constitution des groupes solidaires |
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Sur l'invitation du programme, les femmes se constituent
en groupes de cinq à huit femmes selon affinité,
chaque groupe se réunissant obligatoirement toutes les semaines.
Il choisit dès l'origine une responsable de groupe.
Cinq à six groupes, soient une trentaine de femmes, forment
une caisse avec désignation d'une responsable de caisse.
Des coordinatrices villageoises suivent chacune entre 100 et 350
femmes. Elles ont fort à faire: jusque 50 réunions par semaine! Les coordinatrices villageoises sont rémunérées par
le programme. Grâce aux intérêts
sur les prêts, le programme couvre toutes les dépenses et accroît son capital, pour inviter de nouveaux membres et groupes.
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Etape 2
Formation à la tenue des comptes
Constitution du fonds d'épargne |
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Une formation à la tenue des comptes, gestion
et suivi des fonds est dispensée à toutes les femmes
du projet. La formation est plus poussée pour les responsables
de groupes, caisses, et pour les coordinatrices villageoises.
Les membres du groupe décident librement d'un montant d'épargne
hebdomadaire, en général 0,25 € par semaine.
Les épargnes sont versées à un fonds d'épargne
propre à chaque groupe et géré par le groupe.
L'engagement de son propre argent sous forme d'épargne,
la gestion en commun, les rencontres régulières pour
discuter des problèmes renforcent les liens et le sentiment
de responsabilité de chaque membre.
L'épargne continue en permanence: on appelle ça l'argent "chaud" (le capital extérieur, fourni icipar Viêt Nam Plus, étant l'argent "froid"). Rapidement l'argent chaud dépasse l'argent froid en volume! |
Etape 3
Allocation des prêts |
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Après deux à trois mois de bon fonctionnement,
le programme accorde des crédits aux membres.
Le taux d'intérêt sert à couvrir tous
les frais ou risques :
- rémunération des salariés du programme
- fonctionnement des groupes : formation permanente des membres,
fournitures, etc...
- inflation ou le coût du capital
- risque de non-remboursement (actuellement proche de 0%).
Plus d'information sur le taux
d'intérêt : durabilité du programme de microfinance
Les groupes s'engagent solidairement à rembourser crédit
et intérêt, de sorte que si une femme ne peut rembourser,
les autres membres du groupe l'aident à le faire. Cet engagement
est facile lorsque tout va bien et que les défaillances sont
rares et temporaires. Quand elles se multiplient et que les sommes
à couvrir par les autres membres sont importantes, la solidarité
peut jouer dans le sens inverse: "Si elle ne rembourse pas, nous devrons le faire à
sa place... Je ne suis pas très sûre que tout le monde
dans le groupe sera d'accord... Dans ce cas, notre groupe n'aura
plus accès à de nouveaux prêts! Hum!, pour le
moment soyons prudente!, je rembourserai ma dette un peu plus tard,
voyons ce que font les autres!"

(taux de conversion de septembre 2007 : 1 € = 21.000 dongs)
Les intérêts sont 1,2%/mois sur l'emprunt (environ 2,4% sur le solde): ils sont ajoutés au montant de l'emprunt. Par exemple: une femme emprunte 71 euros, avec les intérêts elle devra rembourser un total de 89 euros. Les erreurs créent des tensions et un gaspillage de temps -les chefs de groupe sont bénévoles et peu éduquées, elles ont peur des chiffres: il faut donc tout simplifier au mieux:
- Les versements hebdomadaires identiques tout au long de la période, et un chiffre rond
- Pour que cela tombe juste, on joue sur le nombre de semaines de remboursement
- Les chefs de groupe imposent que chacune emprunte le même montant et le même jour!
Les femmes peuvent
cependant choisir de rembourser le double pour en avoir fini plus vite.
La période de remboursement maximale est de 50
semaines. |
| Dans la pratique |
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Les membres d'un groupe ont donc accès à l'argent chaud, et à l'argent froid. Pour le chaud, les montants, les
modalités de remboursement et le taux d'intérêt sont
gérés par le groupe. Ils sont en général
remboursés en une fois. Cela donne une grande souplesse.
Quand elles doivent rembourser en une fois (argent chaud) certaines femmes se retrouvent parfois gênées. La tendance est alors d'emprunter une nouvelle fois,
un montant supérieur pour couvrir. Les autres membres du
groupe voient que le fonds d'épargne devient alors virtuel. Chacune emprunte alors vite de l'argent chaud de peur de perdre son épargne!
Pour y remédier, des dépôts doivent être faits régulièrement
sur le compte du programme, et sont ajoutés au capital qui
sert aux crédits. Ces dépôts garantissent ainsi que
le fonds d'épargne ne disparaît pas ; les dépôts
sont aussi rémunérés à 10% l'an.
En pratique, il reste toujours une somme suffisante, gérée
par le groupe, pour faire face aux petits emprunts et aux urgences.
La capacité de remboursement d'une famille dépasse
rarement 1,5 € par semaine en raison de la grande pauvreté
et du manque de travail en certaines saisons. |
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